Il pleut des hallebardes a Bogra mais on me dit que non, c'est une petite pluie, rien de spécial et en tout cas pas l'une de ces pluies torrentielles qui parfois inondent - littéralement - le Bangladesh si plat et si proche du niveau de la mer.
Dans la voiture, il y a Martin Hirsch, il est déjà venu visiter le Bangladesh et Grameen Danone mais cette fois il vient en stage, c'est-a-dire qu'il se met au service du projet en vendant avec les vendeuses ou en produisant avec les ouvriers. Il nous parle de Proximité - qui est l'une des 4 valeurs de Danone avec l'Humanisme, l'Ouverture et l'Enthousiasme - dans l'ordre cela donne HOPE. Je me dis que nous devrions tous faire ce type de stage, il suffit de le vouloir et de bousculer nos agendas surchargés. C'est le seul moyen, m'explique Martin, de ne pas perdre la vocation première de ce que nous faisons et de rester véritablement au service des plus pauvres.
Sous la pluie les lumieres du Bangladesh m'emerveillent comme chaque fois. Les couleurs - le vert si intense des rizieres ou les saris multicolores. Je suis avec Zulfiker, le nouveau Directeur Commercial de Grameen Danone, et Sohel, le Directeur du reseau rural et depuis toujours l'ame de notre projet au coeur de ce monde rural. La ou nous avancons pas a pas, la ou c'est le plus difficile mais aussi la ou se trouve la veritable vocation du projet parce que le Bangladesh reste 80% rural et que c'est la que se trouve la plus grande malnutrition; et enfin la ou nous avons le plus grand impact social aupres d'environ 400 "Shokti Doi ladies" qui vendent le yaourt tous les jours et par la ont un revenu stable..
Nous nous engouffrons dans une salle eclairee au neon blafard, tout le contraire des lumieres dehors, les ventilateurs sont bruyants, il faut parler plus fort qu'eux. Dans la salle, 8 assistants de vente qui assitent Sohel dans sa missions répètent la formation qui sera faite a toutes les sales ladies pour le lancement du "shokti + pocket" la semaine prochaine. Pour la première fois au monde nous lançons un produit qui mixe lait et cereales - ce qui optimise nutrition et coût - et avec une duree de vie plus longue de 15 jours. Avec un prix qui redevient 5 tks - le prix d'avant la crise alimentaire - c'est un lancement historique car ce produit peut revolutionner nos ventes et notre perennite dans le Bangladesh rural. Je constate un grand professionalisme de chacun au moment ou il presente sa partie; Zulfiker instaure aussi une culture du feed back simple et direct qui permet a chacun de s'améliorer.
Le lendemain nous repartons pour Shariaghandi, l'un des quatre centres de collecte de lait situe a 25km de Bogra. C'est la troisieme fois que j'y vais avec Mannan qui est en charge d'apporter des services vétérinaires aux fermiers. Cette fois nous nous enfoncons dans la campagne et je vois son travail, il conseille, apporte des medicaments, fait une injection. Plusieurs fermiers témoignent de l'amélioration de leurs revenus et de leur productivité. Plusieurs ont achete une vache hybride qui peut produire 5X plus que les 2 litres par jour d'une vache typique du Bangladesh. Je suis heureux de voir la confiance créée entre eux et Mannan, et de cette confiance dans leur avenir qui leur permet d'investir pour ameliorer leurs conditions de vie.
Au moment ou je passe de fait l'essentiel de mon temps a mettre en oeuvre les nouveaux projets de danone.communities (nous en parlerons bientôt), ce retour a Bogra me remplit d'énergie parce que j'y vois les signes tangibles de notre impact.
Emmanuel